anciennement appelé le trouble de la personnalité multiple est une souffrance mentale définie en 1994 dans le DSM comme un type de trouble dissociatif.
Une personne atteinte se représente une multiplicité d'identités, ou d'états du moi distincts, de personnalités alternatives (alters), présentant leurs propres caractéristiques psychologiques et pouvant prendre momentanément et successivement le contrôle conscient du comportement.
Elle présente alors un état de souffrance et de confusion.
est une richesse culturelle majeure, car elle permet à l'individu de puiser dans diverses sources de son patrimoine culturel (langues, traditions, valeurs) pour construire une vision du monde très large, flexible et créative, enrichie par divers métissage, même si elle peut parfois générer des tensions face à des cadres de référence contradictoires ou le sentiment de ne pas appartenir pleinement à un seul groupe.
Cette pluralité culturelle peut se doubler des diverses sensibilités émotionnelles. Ceci favorise une meilleure compréhension de l'altérité et une adaptation accrue, transformant l'individu en pont entre cultures, représentations et expressions diverses, source de grande vitalité pour les sociétés.
Deux pièces de William Shakespeare
sèment un doute :
I am not what I am.
> Dans "Othello" (Acte 1, Scène 3) : Iago prononce cette phrase pour exprimer son hypocrisie et sa duplicité. Elle illustre la complexité de son personnage et la manière dont il cache une part importante de sa véritable personnalité.
> Dans "Twelfth Night" (Acte 2, Scène 4) : L'affirmation est prononcée par le personnage de Feste, le fou de la pièce en référence aux masques que les individus portent en toutes circonstances.
NOTRE IDENTITÉ
SERAIT-ELLE AUTRE CHOSE
QU'UN MONOLITHE ILLUSOIRE ?
L'écrivain portugais (1888 - 1935) est un auteur multiple. Ses hétéronymes notables sont :
Alberto Caeiro, poète de la nature. Ricardo Reis, classique et stoïque. Álvaro de Campos, moderne et futuriste.
Bernardo Soares, auteur « assistant » etc...
Né Roman Kacew à Vilnius, il arrive en France à l'âge de 14 ans. Il fut Fosco Sinibaldi, Shatan Bogat, Émile Ajar, Romain Gary, Lucien Brulard, René Deville, etc… Il remporta sans le vouloir deux fois le prix Goncourt. Ce n'est qu'après sa mort qu'on s'en est aperçu
« J'ai toujours été quelqu'un d'autre. »
Ses pseudonymes les plus important :
Victor Eremita (dans Ou bien... ou bien)
Johannes de Silentio (dans Crainte et tremblement)
Johannes Climacus (dans Miettes philosophiques)
Anti-Climacus (dans La Maladie à la mort)
Constantin Constantius (dans La Répétition)
Hilarius le Relieur (dans Étapes sur le chemin de la vie)
Vigilius Haufniensis (dans Le Concept d'angoisse)
Pour lui, la vérité n'est pas une théorie abstraite, mais une affaire intime et subjective qui dépend de l'existence vécue. En utilisant des pseudonymes, il incarne différentes perspectives et modes de vie.
À la manière de Socrate, il ne se pose pas en maître ou en détenteur de la vérité. Le pseudonyme lui permet de s'effacer pour devenir un simple « accoucheur » d'idées.
La liberté de penser.
Ces masques littéraires lui permettent d'explorer des idées complexes, des doutes ou des paradoxes et leurs conséquences, sans que ses lecteurs ne confondent immédiatement ces positions avec ses propres convictions.
Sa méthode visait à pousser le lecteur à réfléchir par lui-même plutôt qu'à lui imposer un système de pensée tout fait.
1. Le stade esthétique vient du monde des sens et du moment présent, la recherche du plaisir, de la nouveauté et la fuite de l'ennui.
L'esthète vit au jour le jour, refuse les engagements à long terme et cherche à multiplier les expériences intenses ou intellectuelles.
2. Le stade éthique, celui du devoir et de la responsabilité, de l'intégration sociale, la responsabilité morale et la continuité.
3. Le stade philosophique et le monde des paradoxes qui est celui du questionnement personnel, des vérités subjectives vécues dans la solitude. C'est le stade ultime de l'authenticité existentielle où chacun trouve sa véritable sensibilité .
L'« esthétique du retrait » passe par l'utilisation de pseudonymes (Johannes de Silentio, Anti-Climacus, etc.).
L'effacement de soi traduit une condition philosophique fondamentale : il faut mourir à son égoïsme et à ses illusions pour accéder à sa véritable liberté et devenir un individu authentique.
Le moi naturel n'est rien d'autre qu'une illusion ou une construction superficielle. En se détachant de ses désirs immédiats et de la tyrannie du regard des autres, le sujet peut « disparaître » en tant qu'être limité pour s'ouvrir à une dimension plus vaste.
il cherche à disparaître derrière ses personnages afin que le lecteur soit mis en mouvement et devienne le propre acteur de sa vérité propre.
Sûr
« On m’appelle John le Vrai. Il y a pas mal de John, mais moi, je suis le vrai. »
Tibor Fischer
Pas certain
« Elle a dit Zsoze Kósta… Zsoze Kósta, en me regardant de la tête aux pieds, comme si mon nom était un costume inadéquat. »
Chico Buarque
Prudence
« Je suis tellement l’esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. »
Stig Dagerman
Sérail
« Ils le regardent qui se tient devant eux, très digne. Connaissant sa valeur. Apprécié de quelques-uns des meilleurs. Méritant d’être l’un de ceux à qui on applique ces mots qui les lestent, qui les font se dresser et tenir d’aplomb : “C’est quelqu’un.” »
Nathalie Sarraute
Miroir
« Je n’ai pas besoin de savoir qui je suis, puisque vous le savez tous. »
Francis Picabia
Feedback
« Même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n’a qu’à aller prendre connaissance comme d’un cahier des charges ou d’un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. »
Marcel Proust
Série
« L’individu est une succession d’individus. »
Samuel Beckett
Chapeau
« Je ne me soucie pas de l’opinion des autres – mais avoir à cœur de le préciser, c’est déjà s’y référer ! Tous les dimanches, Robinson Crusoé mettait une fleur à son chapeau, sachant que, même dans son île, l’autre était là, c’est-à-dire lui-même en tant qu’autre – l’aveu de cette dépendance était déjà moins aliénant que le déni. »
Michel Thévoz
Assigné
« Les gens qui vous connaissent bien se débrouillent toujours pour vous assujettir à vos antécédents. »
Benjamin Kunkel
Recommencer
« Ce ne serait pas si difficile de rappeler les gens et d’être plus authentiquement modeste, mais c’est trop tard pour ces amis-là. Ils ne seraient plus capables de remarquer que je ne suis plus casse-pieds. J’ai besoin de gens vierges, tout neufs, pour qui je serais synonyme de rigolade. »
Miranda July
Pression
« Rappelons tout de même cette fois où il nous est arrivé, tant la pres sion du dehors était puissante, d’essayer de nous réunir pour construire et pour montrer un beau “je” présentable, bien solide… »
Nathalie Sarraute
Étiquettes
« Être mal compris, être informé de vive voix que l’on se résume à quelques mots suspendus au hasard sur une corde à linge comme des sous-vêtements tachés : il y a de quoi révulser même une personne qui ne doute pas d’elle. »
Marisha Pessl
Non « Qui va là ? Un homme ?– Non monsieur. Un valet. »
Bertolt Brecht
Broyé
« L’intégrité physique ne résiste pas à la dissolution de la personnalité sociale. »
Claude Lévi-Strauss
Réputation
« Dès que quelqu’un a la réputation d’être un Napoléon, même ses batailles perdues sont encore des victoires. »
Robert Musil
Réticence
« Naturellement, je vais devoir fournir quelques explications sur ce que je fais et sur ce que je suis, mais je me permettrai d’attendre encore un peu. »
Cees Nooteboom
Culturel
« En France, je suis un auteur, en Allemagne je suis un faiseur de film, au Royaume-Uni, je suis un réalisateur d’horreur, aux États-Unis, je suis un clochard. »
John Howard Carpenter
Verdict
« À votre âge, être sans identité, c’est une honte. »
Samuel Beckett
Sorry
« Je me suis toujours été un autre. » Romain Gary
Claude Arnaud est un écrivain, essayiste et biographe français.
Il est membre du jury du prix de littérature André-Gide
et du Prix Sévigné.
Cet essai montre comment les grandes « fabriques » qui ont produit et sculpté les postures classiques des identités sociales depuis l'Antiquité. La religion, la patrie, le milieu, le genre sexuel ont très largement et heureusement perdu de leur savoir-faire ; l'identité ne s'hérite plus. Désormais elle s'acquiert pour qui veut goûter à son libre arbitre. Aujourd'hui, nos "scénarios de vie", plus ouverts et variés que par le passé enrichissent profondément nos potentialités.
Élisa Brune,
était une femme de lettres
et journaliste scientifique belge
auteure de nombreux essais.
« Mon cher ami, aussi vrai que je suis moi, moi,
et que vous êtes vous, vous…
– Et qui êtes-vous ?
– Point de questions embarrassantes, voulez-vous. »
Laurence Sterne
« Aucun homme n’est celui pour qui il se prend,
ce malentendu est général, élémentaire,
et il projette sur les gens la douce lueur du comique. »
Milan Kundera
Ensuite viennent les chapitres suivants
avec leurs questions :
Personnage, posture et imposture
Nos personnages se jouent-ils de notre personne ?
La personne en personne
Quelles sont les pièces de l’identité ?
Les moyens du récit
Quel conte nous raconte ?
Être le produit d’autrui
Au bout du compte, quelle somme sommes-nous ?
Delphine Horvilleur, est une écrivaine et rabbin française
appartenant à l'organisation juive libérale Judaïsme en mouvement.
Elle est membre du Conseil des rabbins libéraux francophones
ainsi que directrice de la rédaction de la revue Tenoua.
L’étau des obsessions identitaires, des tribalismes d’exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l’idée d’un « purement soi », et d’une affiliation « authentique » à la nation, l’ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d’après l’auteure, une clé d’émancipation : Emile Ajar.
Cet homme n’existe pas… Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu’on n’est pas que ce que l’on dit qu’on est, qu’il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu’offre le texte de se glisser dans la peau d’un autre. J’ai imaginé à partir de lui un monologue contre l’identité, un seul-en-scène qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment.
Pierre Bayard, est un essayiste français,
professeur de littérature française à l'université de Paris VIII
Plutôt que de présenter l’être humain comme déchiré entre des pulsions contradictoires, ne serait-il pas plus simple d’admettre que chacun·e d’entre nous abrite différentes personnes, qui parfois ne se connaissent même pas ?
Une telle évolution théorique, qui devrait logiquement nous inciter à prendre plusieurs noms, contribuerait à apaiser la vie en société, puisqu’il n’y aurait plus de sens à reprocher aux politiciens de changer d’avis, à accuser son conjoint d’adultère ou à condamner les malfaiteurs pour des actes qu’ils ont commis à leur insu.
Même pour des créateurs, la liberté n'est souvent qu'une illusion formelle soumise à d'intenses pressions de tous ordres. Les plus forts contournent parfois ces impératifs de conformité et d'impératifs commerciaux souvent tacites.
On retrouve ces schémas répétitifs partout dans l'histoire de l'art et aujourd'hui plus que jamais. Lorsque la quête de visibilité compte, mettre au point un code visuel, une technique identifiable, un processus récurent permet de répèter et de décliner ensuite à l'infini des oeuvres conformes aux intérêts des marchés et aux goûtsmimétiques du grand public.
Pour satisfaire le monde social, tout est bon sous couvert d'un storytelling présentant les artistes comme autant d'êtres obsessionnels. La vérité est ailleurs. Rare sont ceux qui échappent à l'emprise de leur époque. Mais ceux qui comptent sont généralement hors cadre, ailleurs que dans le besoin d'exister, le goût du moment, hors école.
Dans son Anthropologie structurale, Claude Lévi-Strauss commente l'œuvre de Picasso :
"Il a très bien traduit l'esprit profond de son époque, et si j'avais une réserve à faire, ce serait qu'il l'a trop bien traduit et que son œuvre constitue un témoignage parmi d'autres, de cet espèce d'emprisonnement que l'homme s'inflige chaque jour davantage au sein de sa propre humanité ;
enfin, que Picasso ait contribué à resserrer cette espèce de monde clos où l'homme, en tête à tête avec ses oeuvres, s'imagine qu'il se suffit à lui-même.
Une sorte de prison idéale. Et plutôt morne."
En 1936, Antonin Artaud, en pleine possession de ses moyens, donne trois conférences à l'université de Mexico. Il s'était embarqué pour des outremers dans l'espoir d'y trouver des sources d'une connaissance qui pourrait démentir une sorte de décrépitude qu'il perçoit dans sa culture initiale.
Il estime qu'elle se stérilise en Europe, se fonde sur de fausses idées de la vie. Il aspire à tisser de multiples liens entre d'une part des hommes différents dans toute leurs diversités et l'univers d'autre part dont on commence à mesurer l'extrême foisonnement formel. Il cherche notamment à étendre la notion de réalité(s) en la dégageant de considérations utilitaristes.
« J’ai une santé moyenne, une taille moyenne (1,72 m), je suis moyennement beau. Si j'évoque ceci, c’est parce qu’il faut avoir ces qualités pour pouvoir peindre de bons tableaux. »
Gerhard Richter / Texte de 1966
Né à Dresde en 1932, ce peintre allemand polymorphe, monument de l'art contemporain, aborde tantôt des sujets figuratifs, tantôt des œuvres abstraites. Voici trois clés de lecture de son œuvre :
Le pluralisme esthétique.
Richter explore une grande variété de styles et de techniques artistiques tout au long de sa carrière. Il passe par exemple alternativement de la peinture abstraite à la peinture figurative.
La réflexion sur la perception :
Il remet en question la façon dont nous voyons et interprétons le monde qui nous entoure en créant des œuvres qui semblent à la fois réalistes et floues, abstraites et concrètes. Cette exploration de la perception visuelle rappelle les préoccupations philosophiques liées à la manière dont nous construisons notre réalité à travers nos sens.
Dialectique entre le hasard et le contrôle :
Richter utilise aussi des techniques de hasard, telles que le raclage de la peinture ou le floutage de l'image. Cette dialectique entre le hasard et le contrôle peut être interprétée comme une réflexion sur la tension entre la spontanéité et la planification.
Au cinéma, Stanley Kubrick fait partie des cinéastes hors normes entre autre pour la grande diversité des genres de films qu'il a tourné tout au long de sa vie.
Expérimentation formelle
Kubrick repoussait les limites de la narration. Il a expérimenté avec des techniques de réalisation novatrices, notamment la composition visuelle, le montage, la photographie et l'utilisation de la musique pour créer des expériences visuelles uniques.
Diversité des genres
Il a réalisé des films dans une variété de genres, allant de la science-fiction ("2001: l'Odyssée de l'espace" et "Orange mécanique") au film de guerre ("Full Metal Jacket"), en passant par le film noir ("Lolita") et le drame psychologique ("Shining"). Sa capacité à s'immerger dans différents genres est un exemple éloquent de son pluralisme formel.
Adaptabilité
Il était réputé pour son sens de l'adaptation aux besoins de chaque projet. Il prenait le temps nécessaire pour se familiariser avec le matériau source (livres, nouvelles, etc.) et trouvait des moyens créatifs pour adapter ces histoires sur grand écran.
Utilisation de l'image
Sa maîtrise des images est un élément central de sa pluralité de formes.
Exploration de thèmes universels
Bien que Kubrick ait abordé un large éventail de sujets et de genres, il explorait fréquemment des thèmes universels : l'échec, la violence, la technologie, la folie et la condition humaine. Ces concepts transversaux se retrouvent dans de nombreuses œuvres, quelle que soit la forme spécifique qu'elles prennent.
En 2019, tel fut le ton d'une campagne belge pour la défense de la liberté de chacun d'être irréductible à quoi que de soit. Limpide.
En quelques portraits de personnes « ordinaires », la campagne « Le racisme, vous valez mieux que ça ! » sensibilise à l’utilisation de clichés stigmatisants : de stéréotypes en raccourcis, l’identité est trop souvent réduite à une origine supposée simple, une philosophie de vie, une apparence... Déconstruire ses images absurdes...
La rencontre de collectionneurs dont le premier fut le belge René Withofs fin 1980 fait prendre conscience de l'excellence de pluralisme voire de l'éclectisme critique que nombre d'entre eux développent avec ouverture et clairvoyance.
A partir de 2008, par ses rencontres avec Cy Twombly, Elisa Brune, Edouard Glissant et la relecture de Fernando Pessoa et Marcel Proust entre autres, les recherches plastiques vont prendre une extension conceptuelle considérable tout à la fois élargie par des considérations scientifiques, artistiques et littéraires.
par Paul Qwest
La chiromancie est une pratique divinatoire très répandue qui propose d’interpréter les lignes et les autres signes de la paume de la main en vue d’une lecture du passé et d’une évocation d’un avenir possible.
Plus largement, chaque tracé présent dans l’épiderme serait associé à un aspect du caractère et de la vie de la personne : le dessin commande le destin.
Au Japon et en Corée du Sud, les choses prennent une tour nure passionnante depuis qu’une nouvelle promesse se répand : on peut changer de destin en s’appliquant une chirurgie parti culière qui modifie les lignes de la main.
D’un trait créateur, il est aujourd’hui possible de se dessiner d’autorité une nouvelle personnalité, de se tatouer dans l’invisible un destin sur mesure, de se tracer littéralement un avenir radieux.
La technique est légère. En une quinzaine de minutes, un scalpel électrique brûle la peau très localement, laissant une marque indélébile qui devient nette par cicatrisation. Le patient indique le tracé des lignes qu’il désire au millimètre près.
Parmi les acheteurs d’avenir, des trentenaires majoritairement, les hommes privilégient le plus souvent une meilleure fortune et les femmes un amour à la hauteur de leurs aspirations. Les stéréotypes ont la vie dure.
Pour le journaliste Ben Richmond, cette chirurgie des mains obéit à « une logique étrange qui la rend attirante. Elle se trouve au croisement des pratiques scientifiques rationnelles – ici la chirurgie – et de la superstition. Même ceux qui pratiquent la chiromancie trouvent cette nouvelle tendance étrange ». Tarif pour changer de vie par cicatrices en volutes : 650 euros.
Est-ce le prix de l’architecture, ou simplement celui d’un nou veau papier peint ? On peut sourire du procédé.
Le neurologue Oliver Sacks n’y prêterait pas même un sourire, lui qui a étudié en détail de vraies causes de changement de personnalité, à savoir des altéra tions cérébrales, pathologiques ou accidentelles.
Dans son essai Musicophilia, il décrit le cas de Tony Cicoria, 42 ans, qui en 1994 est frappé par la foudre alors qu’il se trouve au téléphone dans une cabine publique. Il survit à ses brûlures. Mais dans les jours suivant son accident se produit un changement psychique inexplicable : il ressent une brusque soif de jouer du piano, d’en écouter, d’apprendre à lire des partitions. Il se met à entendre des mélodies dans sa tête de façon puissante et omniprésente. Lui qui n’avait jamais touché un instrument de musique de sa vie devient un excellent pianiste. L’altération des connexions neuronales provoquée par la foudre a créé dans sa personne une orientation totalement nouvelle.
Dans son autobiographie, Vladimir Nabokov raconte un épisode marquant survenu lorsqu’il était un enfant passionné de Ventes et reproduction interdites Propriété des éditions Odile Jacob interdit à la vente mathématiques et de papillons.
« Au début de 1907, une maladie grave anéantit mystérieusement le monstrueux don arithmétique qui avait fait de moi un enfant prodige pendant quelques mois ; mais les papillons survécurent.
Ma mère constitua une biblio thèque et un musée autour de mon lit, et le désir de décrire une espèce nouvelle remplaça entièrement celui de découvrir un nouveau nombre premier. »
La foudre ou la pneumonie sont des chocs majeurs et rares, mais nous sommes tous régulièrement sujets à des rencontres qui peuvent modifier nos contours : un professeur, un amour, un deuil, un livre, une madeleine…
La métamorphose semble la règle plus que l’exception.
Déjà en 1889, Théodule Ribot, fondateur de la psychologie en tant que science autonome en France, écrit dans Psychologie de l’attention :
« La condition fondamentale de la vie psy chique est le changement. Si nous prenons un homme adulte, sain, d’intelligence moyenne, le mécanisme ordinaire de sa vie mentale consiste en un va-et-vient perpétuel d’événements intérieurs, en un défilé de sensations, de sentiments, d’idées et d’images qui s’associent ou se repoussent suivant certaines lois. À proprement parler, ce n’est pas, comme on l’a dit souvent, une chaîne, une série, mais plutôt une irradiation en plusieurs sens et dans plusieurs couches, un agrégat mobile qui se fait, se défait et se refait incessamment. L’état normal, c’est la pluralité des états de conscience. »
Comment, dès lors, pourrait-on définir l’individu ? Cette description des états psychiques polyphoniques comme règle sonnerait elle le glas d’une possible stabilité de l’esprit ou de la personne ?
On peut le déplorer, ou au contraire en profiter, comme le chercheur Emanuele Coccia qui, au fil des occasions, des bourses et des rencontres, change de pays comme de chemise, Japon, Argentine, Allemagne, États-Unis, France, et se consacre à la philosophie médiévale, puis à l’agronomie, puis à l’esthétique et à la métaphysique, parlant onze langues au passage, estimant qu’il n’a pas d’autre identité que celle agencée par les circonstances du moment, transformable à la prochaine péripétie. Il écrit des livres totalement inclassables, dont le dernier porte le sous-titre Une métaphysique du mélange. Quand sera-t-il naturel pour tous de pratiquer la plasticité de l’identité ?
L’identité classique ne serait-elle plus qu’une impression générale émanant d’un spectacle joué à soi-même, un effet de croyance, une constante et familière performance, un résidu pour ventriloque, un pantin sans enfant ni ressort, une vitale illusion d’exister, une bouffée de CV, une exhortation à s’appliquer, une photocopie de selfie, un bien-être en forme d’échafaudage… ?
L’identité classique ne serait-elle plus qu’une impression générale émanant d’un spectacle joué à soi-même, un effet de croyance, une constante et familière performance, un résidu pour ventriloque, un pantin sans enfant ni ressort, une vitale illusion d’exister, une bouffée de CV, une exhortation à s’appliquer, une photocopie de selfie, un bien-être en forme d’échafaudage… ?