NOS

VIES ?

Nous vivons tous entre différents "mondes" :

Des mondes réels, physiques,

d'autres imaginaires (nos fictions et réalités subjectives),

des mondes sociaux et culturels,

des mondes intimes, intérieurs (émotionnels, affectifs )

des mondes philosophiques

(nos façons de réfléchir, d'interpréter)

et quelques autres...

 

Ces "mondes" se chevauchent, se complètent, dessinent nos relations et notre interdépendance

avec ce dont nous faisons partie.

 

Et puis, alentours, il y a aussi le néant,

cet insondable espace de jeu où l'on se trouve ou se perd, selon nos navigations...


NOS VIES

EN ARCHIPEL 


UNE MÉTAPHORE

«Une pensée « archipélique », se fonde sur des relations interactives, permanentes, incluant l’imprévu du chaos apparent du monde.

 

L'archipel est diffracté, fractal,

nécessaire dans sa totalité,

fragile ou éventuel dans son unité,

passant et demeurant, c'est un état du monde.

Édouard Glissant


UN PROCESSUS

L'archipel est la forme même du monde contemporain tel que nous le percevons aujourd'hui. Tant les galaxies que les planètes, les écosystèmes, les êtres vivants, les cultures ou les villes sont des constellations d'éléments stables en relations constantes.

 

Il ne suffit pas de dire : Vive le multiple.

Le multiple, il faut le faire.

Gilles Deleuze et Félix Guattari


L'ARCHIPEL

UNE IDÉE MODERNE


« Le terme « archipel » peut être décomposé en racines « arc » (le grec signifiant « originel », « principal ») et « pelago » (une dérivation latine d'un terme grec antérieur signifiant une mer ouverte, une mare, une golfe, voire un abîme, l'impression d'être en haute mer).

 

Archipel n'est pas un mot grec ancien,

mais un mot italien moderne

fait de ces emprunts grecs.

Les éléments du mot sont grecs, mais il n'y a aucune trace d'arkhipelagos  en grec ancien ou médiéval (le mot moderne en grec est emprunté à l'italien).

 

La pensée archipélique est une pensée de l’essai, de la tentation intuitive, qu’on pourrait opposer à des pensées continentales, qui seraient avant tout de système.

Édouard Glissant



L'immense

Edouard Glissant


Édouard Glissant, était un romancier, poète et philosophe français. Il obtient le prix Renaudot en 1958 pour son roman La Lézarde. En 1992, Édouard Glissant a été finaliste pour le prix Nobel de littérature, mais c’est l’écrivain saint-lucien Derek Walcott qui l’emporte d’une voix.

 

Édouard Glissant est fondateur entre autres des concepts de « Tout-monde » et de « Relation », Glissant repense également la notion de créolisation mais aussi les catégories de la métaphysique ainsi que les modalités du dialogue des cultures, à l'aune de son prisme relationnel.

 

Surtout connu pour Le Discours antillais (1981), Édouard Glissant est l'auteur d'une œuvre conceptuelle et littéraire colossale, et d'une bibliographie dense.

 

De Soleil de la conscience (1956) à l'Anthologie de la poésie du Tout-Monde (2010), il s'est illustré dans tous les genres, roman, poésie, théâtre, essais philosophiques. 

 

Souvent classée parmi les théories du postcolonialisme, la pensée de Glissant est irréductible à une école ou un courant fixe, ayant toujours redéfini les modèles d'une vision du monde en quête de son mouvement.

 

« Distinguished professor » en littérature française à l'Université de la ville de New York (CUNY), Édouard Glissant est directeur du Courrier de l'Unesco de 1981 à 1988 et président honoraire du Parlement international des écrivains en 1993.

 

Il reçoit à plusieurs reprises le titre de Docteur Honoris causa de diverses universités de par le monde (l'Université de Bologne par exemple, en 2004). Il mène l'essentiel de sa carrière universitaire aux États-Unis, d'abord à l'Université d'État de Louisiane à Baton Rouge, puis à New York.

 

En 2006, il fonde l'Institut du Tout-Monde, à Paris.



QUELLES FORMES 

POUR QUEL MONDE

AUJOURD’HUI ?

LA MONDIALITÉ

D’EDOUARD GLISSANT


séroux art peintre belge

Extrait de Mondialité ou Les Archipels d’Edouard Glissant par Hans Ulrich Obrist (Éditeur), Asad Raza (Éditeur)

 

« Ce que nous appelons la mondialisation, qui est l’uniformisation selon le plus petit dénominateur commun, le règne des multinationales, la standardisation, l’ultralibéralisme sauvage des marchés mondiaux (une entreprise transfère opportunément ses usines dans un pays lointain, les malades ne peuvent pas acheter des médicaments moins chers dans un pays voisin), et ainsi de suite, tout le monde peut le voir ; c’est le défilé de platitudes éculées de tout le monde, répétées à l’infini, mais c’est aussi, tout cela, le revers négatif d’une réalité prodigieuse que j’appelle mondialité. 

 

Elle projette, cette mondialité, dans l’aventure sans précédent qu’elle nous a été donnée à tous de vivre aujourd’hui, et dans un monde qui, pour la première fois, et si vivement, et d’une manière si immédiate, si violente, est compris comme à la fois multiple et singulier, et inextricable.

Il est nécessaire que chacun de nous change ses façons de comprendre, de vivre et d’agir dans un tel monde. »


Hans Ulrich Obrist

Comme me l'a dit Glissant, " c'est dans ces îles que s'est réalisée avec éclat l'idée de créolisation, de mélange des cultures.

 

Car les continents refusent le mélange, alors que la pensée archipélagique permet de dire que ni l'identité de chacun, ni l'identité collective ne sont fixées et établies une fois pour toutes."

(...)

Je peux changer grâce à l'échange avec l'autre, sans perdre ou diluer mon sentiment de soi.  Et c'est ce que nous apprend la pensée archipélagique. J'ai adoré cette idée. Mon sens du moi devient plus complexe et plus urgent. Et cette idée de Glissant, de l'archipel, nous avons souvent discuté de l'idée que l'archive des entretiens devrait être une sorte d'archipel.

 

L'archipel est diffracté, fractal, nécessaire dans sa totalité, Fragile ou éventuel dans son unité, passant et demeurant, c'est un état du monde.

 

Édouard Glissant



Une pensée

archipélique


L'ICI

N'EXISTE QUE

PAR L'AILLEUR,

LE NOUS QUE PAR

LES AUTRES.


Dessiner la dentelle qui relie les différents éléments du monde est un exercice stimulant, périlleux et temporaire. C'est l'objet même de toute recherche fondamentale.

 

Certains ont le privilège de façonner leurs propres îles, d'en créer de nouvelles.

Ils oublient les axes uniques, préfèrent les formes évolutives, multipolaires, la visée gorgée de repères de l'enrichissement progressif du réel.


Pour le dire autrement

Rapports

Créer, ce n’est pas déformer ou inventer des personnages ou des choses. C’est nouer entre des personnages et des choses qui existent et telles qu’elles existent, des rapports nouveaux, c’est retoucher du réel avec du réel.

Robert Bresson cité par Laplantine


Nature vivante

Copier les objets dont se compose une nature morte n’est rien. Ce qui importe, c’est d’exprimer la sensation qu’ils vous inspirent, l’émotion que suscite l’ensemble, les relations entre les objets représentés, le caractère spécifique de chacun d’eux, modifié par ses rapports avec les autres, le tout entrelacé comme une corde ou un serpent.

Henri Matisse


Grumeaux

Son hétérogénéité est celle du mille-feuilles, la pâtisserie la plus difficile à entamer, résistant à la fourchette par son hétérogénéité même.

Michel Thévoz

 

Essai

La pensée archipélique est une pensée de l'essai, de la tentation intuitive, qu'on pourrait opposer à des pensées continentales, qui seraient avant tout de système.

Édouard Glissant


Toile

L'archipel est diffracté, fractal, nécessaire dans sa totalité, fragile ou éventuel dans son unité, passant et demeurant, c'est un état du monde.

Édouard Glissant

 

Même soi

Je suis fait de pièces qui peuvent entrer dans bien des mécanismes ;

et d'éléments qui composent une infinité de combinaisons.

Paul Valéry